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Istanbul-4J’ai l’immense joie de partir 3 jours à Istanbul au nom de la Chaire Unesco” Sauvegarde et Valorisation des Patrimoines Culturels alimentaires”.

Dans le cadre du renouvellement de cette chaire, nous avons le plaisir d’accueillir dans le réseau l’Université de Yeditepe et son département “Gastronomie”. Je suis invité à rencontrer les enseignants et les étudiants et je vais donner une conférence, mercredi 3 juin de 10 à 12 h intitulée : “Safeguarding and Promotion of Cultural Food Heritages: The Projects of Identifications and Classification of these Heritages“.

Le jeudi 4 juin à 17h30 je donne une conférence sur “L’Alimentation comme Patrimoine Culturel Immatériel” à l’IFEA.

L’année 2014 a été une année très particulière, autant pour la Chaire Unesco de Tours que pour moi. En effet, pour répondre à diverses invitations, participer à des colloques, donner des conférences, rencontrer nos partenaires et amis et en découvrir de nouveaux, j’ai été amené à beaucoup voyager, plus en un an que je ne l’avais fait entre 1976 et 2013, c’est dire.

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Si on fait un bilan chiffré, j’ai visité 11 pays, restant en moyenne 3 jours dans chaque endroit, donné 4 conférences invitées, de Gènes à Adélaïde, 3 séminaires dont Yakoutsk, et rencontré de nombreux collègues de Chennai à Taipei, de New-York à Sydney…

L’intérêt de ces déplacements est au moins triple. Ils ont permis de faire mieux connaître le pôle alimentation de l’Université François-Rabelais et le travail de l’IEHCA dans des parties du monde où nous sommes à minima peu connus. Il est toujours agréable, lorsqu’on vous montre le seul ouvrage non chinois dans une magnifique bibliothèque de Taïwan de pouvoir répondre que nous en sommes l’éditeur, ce fut le cas avec un exemplaire de Food and History.

Cette reconnaissance passe également par les conférences qui donnent l’occasion de mettre en avant devant un public large et varié les travaux menés à Tours.

Une seconde raison à ces voyages réside dans les contacts humains. Certes avec Internet, le mail, les visioconférences, etc., on peut discuter et dialoguer en direct avec le monde entier. Mais rien, surtout dans nos métiers de sciences humaines, ne remplace le contact direct. En Australie par exemple, il y avait plus de 90 participants au colloque organisé à Adélaïde par notre collègue Barbara Santich. Cela à permis de revoir certains collègues parfois perdus de vue depuis longtemps, mais aussi de nouer des contacts qui moins d’un an plus tard donnent déjà des résultats concrets. Avec l’AUT d’Aukland, après avoir expertisé leur dossier de master “Gastronomy” nous travaillons à la mise en place d’une collaboration et d’échange avec celui de Tours. Avec Monash Unversity à Melbourne et l’Université de Newcastle, Australie, nous travaillons à la mise en place d’un réseau sur les transferts de technologie dans le travail de la vigne et du vin entre la France et l’Australie au XXe siècle. Et le premier résultat concret va être l’inscription d’un étudiant en thèse en coquette avec un financement australien.

Mais ces contacts personnels ont aussi permis de présenter les projets de la Chaire Unesco et d’inviter de nouveaux partenaires à la rejoindre. C’est le cas de Brown University (USA), des universités de Madras et de Madurai ou de la NEFU à Yakoutsk.

Une troisième raison à ces voyages est aussi, non seulement de découvrir, mais aussi de comprendre les cultures alimentaires du monde, pour ensuite les intégrer dans les réflexions scientifiques ou pour préparer des cours, des ouvrages, etc. La journée passée à Hong Kong avec Sidney Cheung, notre partenaire et ami de la CUHK sur le thème de l’huître est à l’origine d’une double réponse à des appels à projet sur l’huître comme patrimoine alimentaire dans le monde, avec des partenaires d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Océanie et d’Europe. De même, le Séminaire de Yakoutsk et mes rencontres avec des collègues de plusieurs universités de Taïwan nous conduisent à réfléchir à un projet autour des peuples autochtones, ou aborigènes et les patrimoines alimentaires.

Enfin, la visite de multiples marchés aux poissons, à Mascate, à Zanzibar, à Sydney et à Hong Kong donnera la matière d’un cours à Tours l’an prochain.

On le voit, du moins je l’espère, il ne s’agissait pas de partir se promener dans quelques endroits paradisiaques, mais bien d’essayer de contribuer à développer ce beau projet, qui à partir de l’inscription du Repas Gastronomique des Français sur la liste du Patrimoine Immatériel de l’UNESCO, tend à défendre et valoriser les patrimoines culturels alimentaires partout dans le monde.

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Avec ma collègue Isabelle Bianquis, nous avons effectué, du 21 au 27 septembre 2014, à la demande de l’Ambassade de France une mission Campus France dans le cadre de la Chaire Unesco « Sauvegarde et Valorisation des Patrimoines Culturels Alimentaires » à la North-Est Federal University, NEFU de Yakoutsk.

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Lénine nous accueille en personne sur la place qui porte son nom.

Il s’agissait pour nous, après une rencontre à Paris avec notre collègue Isabella Borisova, Directrice du Centre de la Collaboration Francophone au service des Relations Internationales de la NEFU de rencontrer divers responsables de formations académiques, de recherches et les autorités universitaires pour mettre en place des projets de collaboration entre notre Chaire à Tours et les équipes de la NEFU.

Pour quoi un tel projet? et pourquoi dans un tel lieu?

Une chaire Unesco a pour mission de développer des liens de recherches et d’enseignements, plutôt dans un rapport Nord-Sud mais aussi dans le sens des priorités définies pas l’ONU et l’UNESCO. Hors les peuples minoritaires, et leur protection sont un de ces grands objectifs.

La Yakoutie est de ce point de vue un terrain parfait puisqu’elle compte plusieurs dizaines de « Peuples autochtones » dont certains très peu nombreux, moins de 1000. Nomades à l’origines, ils ont développés, outre une langues des pratiques culturelles propres en particulier alimentaire.

Il y a donc un vrai projet de collaboration à monter entre l’équipe de Tours avec ses méthodes d’analyse des patrimoines alimentaires et les équipes de la NEFU qui sont habitués à travaillées sur les questions pluriethniques.

Durant ce voyage, nous avons donc orgnaisé un cycle de conférence et une journée de séminaire avec nos collègues de la NEFU pour présenter respectivement nos travaux, nos méthodes, nos interrogations et nos problématiques, afin de rédiger un premier projet de recherche commun, « Le Voyage des Cuisines ».

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L’équipe franco-yakoute en pleine rédaction du projet, il est 1h du matin à Yakoutsk ce 26 septembre.

 

Le séminaire a été l’occasion d’une découverte d’un aspect particulier du pays, le poids de traditions très anciennes que ni l’église orthodoxe ni le régime communiste n’ont réussi à tuer. Pour ouvrir cette session, la professeur de musicologie et ses élèves, en tenues traditionnelles, avec les bijoux, les instruments de musiques et les objets rituels  ont effectué un chant-danse pour placer la journée sous l’influence des bons esprit et chasser les mauvais. C’estait en particulier la fonction du cordage en crin de cheval que tiennent certains étudiants.
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Il y eu ensuite de fructueux échanges dans le cadre de cette journée de débats qui a permis d’entendre différentes communications en lien avec le thème du séminaire « Alimentation et Ethnicité » (4 de l’Université de Yakutsk et 2 du côté français) et d’échanger sur des questions de méthodes et de perspectives afin de cerner au mieux les intérêts de chacun.

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Nous avons également rencontré longuement le Recteur de l’Université, Madame Euguenia Mikhaylova qui s’est montrée particulièrement intéressée par le thème de recherche de notre séminaire et par la perspective de notre collaboration.

Ce séjour a aussi été l’occasion, grâce au soutien du Dr. Aitalina A. Borisova, Directrice du Département Tourisme et services de la NEFU, de rencontrer de nombreux restaurateurs locaux qui suivent une double démarche. Tout d’abord, ils ouvrent des restaurants à Yakoutsk, ce qui est une attitude relativement neuve sur place, la population n’ayant pas encore une grande habitude de sortir au restaurant comme on le pratique en occident. Ils essaient également de lier leur apprentissage, souvent en France et parfois auprès de maisons prestigieuses tout en maintenant les cultures alimentaires locales et en utilisant les produits naturels. Ils sont d’ailleurs très demandeurs de conseils et d’aide et certains souhaitent venir en France avec notre aide rencontrer des chefs et des restaurateurs français.

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Rencontre avec le comité directeur de l’association des restaurateurs de Yakoutsk

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Au restaurant Be Happy, un des septs restaurants ouvert par ces trois jeunes femmes avec à leur tête Tatiana Tymyrova

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C’est une démarche qui se comprend d’un point de vue économique. Le pays est très isolé, distance très grandes des grands centres, Hiver très rigoureux qui rend compliqué les déplacement, pratique alimentaire ancestrales s’appuyant sur certains produits qui forment un identifiant culturel fort. C’est le cas de la viande issue de l’élevage, en particulier le Rennes et le Poulain, mais aussi le lait de jument fermenté ou le poisson congelé cru.

Nous avons fait quelques dégustations intéressantes à ce sujet.

Au restaurant Be Happy, nous avons testé des plats traditionnels revisités, Abats, Rennes, Poisson de la Léna

Présentation d’un petit déjeuner Yakoute en présence de deux acteurs du seul livre scientifique sur la cuisine Yakoute, restaurant Tygyne Darkhane

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Rencontre avec le Chef Nilolay Gabyshev, formé en France, du restaurant Muus Kaya

 

 

 

Trois plats traditionnels servis par le Chef N Gabyshev, Poisson congelé vivant de la Léna, servit congelé, abats de poulain, donc lamelles de foie, steak de Poulain

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Charcuterie de poulain

Cette mission a également été l’occasion de la découverte, rapide et locale, d’un pays pratiquement ignoré des Occidentaux et de voir en réel des images apprises lors des cours de géographie en collège, il y a bien longtemps.

L’association des restaurateurs de Yakoutsk nous a ainsi offert une petite excursion sur le Fleuve Léna, un des 10 plus grands fleuves du monde, qui mesure lorsqu’il passe à Yakoutsk plusieurs kilomètres de large.

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Nous avons également visité une cave dans le permafrost, ce sol qui ne dégèle jamais, permettant aux habitants de se créer des sortes de congélateurs naturels, moins 8 degré toute l’année. C’est aussi ce froid qui permets de conserver les mammouth qui sont sortis du sol de façon régulière depuis quelques années. la NEFU possède une équipe de recherche de pointe dans ce domaine, ainsi qu’un petit musée présentant ses travaux.

 

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Un Mammouth au musée du Parmafrost

So Long, Yakutsk !

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Le 3 mars, je me suis rendu à Macau pour valider le MOU que nous avions signé solennellement en octobre. J’étais ensuite invité à donner une Distinguished Guest Lecture sur le patrimoine alimentaire immatériel, et sa transmission.

Près de 100 auditeurs dans la salle, tout le staff de la faculté et les étudiants en doctorat pour une heure d’échange de grandes qualités.
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J’ai ensuite eu le plaisir de faire un petit tour dans le Macau portugais avant de reprendre le Ferry pour rejoindre mon hôtel de Hong Kong.

Le 4 et le 5 mars, séance de travail avec le partenaire de la Chaire, qui est désormais aussi un ami. Nous avons en particulier été assister à une journée d’études consacrée aux huîtres, patrimoine cultureL de Hong Kong. Organisée par des étudiants de la HK University, elle a été l’occasion de rencontrer des collègues de biologie et les responsables des associations de producteurs.
J’ai aussi participé au rendu par les étudiants du BA Arts in the City de la CUHK de leur travail sur Central en 2020.
Trois jours très chargés qui ont permis de faire davantage encore connaître la Chaire et m’ont interdit tout tourisme.

Départ ensuite pour New York avec un arrêt à Vancouver. Ce vol était un peu exceptionnel puisqu’il allait me permettre de passer la ligne de changement de date pour la première fois. Cela avait pour effet toujours un peu amusant et pas si évident à comprendre que je suis arrivé à Vancouver avant d’être parti de HK, j’ai ainsi rajeuni de 3 heures. Phileas Fogg c’est moi 😉

Passage rapide à Vancouver, découverte d’une ville et d’un site formidable, d’une université de haut niveau, puis en route pour Big Apple et des séances de travail avec la New School et la NYU.
Un peu de tourisme aussi cette fois, en particulier la visite du Empire State Building.
Puis le 15 mars retour en France, après un mois de voyage, 10 vols, 7 pays visités, presque 3 jours d’avions et près de 50 000 kilomètres parcourus.

Les plus jeunes ne l’ont pas connu, mais à la grande époque de l’ORTF, quand la télévision faisait encore de la culture et s’essayait à la qualité, il existait des tout petits programmes courts qui s’appelaient Interlude.
Je n’ai jamais su pourquoi, ni cherché d’ailleurs, mais pour moi ça veut dire “Intermède Ludique”, instant de bonheur.

Pourquoi parler de ça ici? Ça n’a rien à voir avec l’alimentation ou la Chaire Unesco, ni avec l’université ou l’IEHCA, dira le lecteur de ce blog!

Et pourtant si!

Le hasard des rencontres conduit parfois à ces interludes. Celui dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui vient de loin, des antipodes comme on dit.

Nul ne l’ignore plus, j’étais en février à Adélaïde, pour participer à un colloque sur l’alimentation. Comme toujours lors de ces événements, on fait des rencontres, on sympathise avec des collègues, on lance des projets, qui aboutissent ou pas, mais la vraie vie de notre métier se fait souvent dans ce type d’endroit. Et c’est aussi, parce qu’on est ensemble toute la journée, y compris pour les moments de détente et de loisir, qu’on noue des liens qui peuvent parfois donner de vraies amitiés.
J’ai ainsi en de nombreuses années de carrière quelques exemples très vifs.
Et à Adélaïde donc, notre petite équipe a fait la connaissance d’une jeune collègue bordelaise avec laquelle le courant est passé de cette façon. Vous savez quand on trouve quelqu’un sympathique au premier coup d’œil.
Sans doute le fait d’une vraie ouverture d’esprit scientifique a-t-il aussi aidé?

Et on arrive à mon petit Interlude.

En effet, non contente d’être médiéviste, elle se passionne pour un superbe auteur contemporain, Jacques Audiberti, sur lequel elle a déjà publié plusieurs ouvrages.
Et ce mardi, il y avait une présentation au théâtre de l’Odéon de son dernier ouvrage, l’édition de la première pièce d’Audiberti, Quoat-Quoat.
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Superbe moment de bonheur léger, avec une lecture jubilatoire de plusieurs extraits et un commentaire très agréable de la pièce et de son environnement.

Et voilà comment d’Adélaïde à l’Odéon, j’ai pu passer un Interlude merveilleux et un vrai moment de détente.

Depuis le 12 février, je suis sur les routes, je devrais d’ailleurs plutôt écrire dans les airs, pour un voyage d’études qui me conduit autour du monde.

Première étape, le colloque International Food Studies Conference organisé à l’Université d’Adelaide par le département de Food Studies et en particulier par Barbara Santich.
Trois jours de débats sur lesquels je reviendrai, mais soulignons tout de suite deux points importants : la délégation française était importante, et comme nous en avons pris l’habitude désormais, celle de la Chaire Unesco de Tours fut une des plus représentées et des mieux mises en valeur par les organisateurs.

Ce fut aussi l’occasion d’une découverte rapide de cette partie de l’Australie, en particulier la McLaren Vale, une des régions de production viticole les plus dynamiques du pays.

La seconde étape, après un passage éclair à Sydney et à Singapour, fut Taipei. Deux objectifs étaient fixés pour cette visite, une discussion avec la Foundation for Chinese Dietary Culture au sujet de leur prochain colloque et une rencontre avec des collègues de la National University de Taipei pour voir comment les faire rentrer dans le réseau de la Chaire, en particulier dans les projets autour des questions de patrimoine alimentaire aborigène.

L’accueil réservé par l’ensemble des collègues a été en tous points remarquable. Après une invitation à dîner au sommet de la tour Tapei OneOOne, nous sommes allé dans une délicieuse boutique de thé dans Lishui Street écouter du luth tout en goûtant des thés rares, en particulier un thé de Taïwan de 1973.

J’ai egalement été accompagné par deux étudiantes en anthropologie pour visiter le musée d’Anthropologie de la Nationale Université consacré aux tribus aborigènes de l’île, puis le lendemain pour une visite fort complète du National Palace Muséum. C’est vraiment un lieu magique pour voir et essayer de comprendre l’art et la culture chinoise.
Après cette étape fort riche, en route pour Hong Kong et Macao pour une double série de travaux.

Ce titre d’un article du Monde paru début janvier me touche particulièrement pour de nombreuses raisons.

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Tout d’abord parce qu’il concerne une usine que je connais bien dans une région que je connais aussi fort bien. Et j’imagine immédiatement le choc local que cette annonce a pu provoquer, quand on sait combien cette petite région au contact du Nord et du Pas-de-Calais voit ses usines fermer les unes après les autres.

Mais ce n’est pas, à titre personnel le plus important.

L’usine de Corbehem, c’est pour moi un établissement un peu spécial pour plusieurs raisons. J’en ai entendu parler avant même de savoir où se trouvait ce petit village dans la famille de ma femme. Elle était un des deux gros pourvoyeurs d’emploi de la vallée de la Scarpe, entre Arras et Douai. On y travaillait alors chez Béghin, travail dur, souvent posté, mais avec des avantages, en particulier longtemps un emploi sûr et une vraie politique paternaliste, avec ses avantages et ses contraintes.

Et puis un jour, un éditeur m’a proposé d’écrire l’histoire de cette usine, il “tait persuadé qu’il y avait un bouquin intéressant à éditer. Je me souviens alors, en automne 1997 avoir découvert à la fois l’usine, l’entreprise, les lieux et un métier dont j’ignorais tout. Car c’est une usine complexe que cette papeterie. Construite sur un champ de ruines par les frères Béghin au lendemain de la première guerre mondiale, elle est d’abord une sucrerie, une des plus puissantes et une des plus moderne de France alors. Reliée à ses champs de betteraves par petit train ou par conduite, elle fournit en quantité le sucre qui rend célèbre la marque Béghin.

Très vite les deux frères vont non seulement la moderniser mais aussi profiter de l’emplacement, le long de la rivière et de la voie ferrée pour élargir les productions. C’est d’abord une cartonnerie pour répondre au besoin de l’entreprise, puis du papier journal pour fournir entre autres les journaux parisiens propriétés de la famille. C’est aussi une distillerie pour écouler les excédents liés à la production de betteraves. En bref, 4 usines sur un même site.

Et comme les frères Béghin, puis la génération suivante, Ferdinand sont des entrepreneurs de qualité, l’usine connaît un très fort développement dans tous les domaines, à part l’alcool. Et cela dur jusqu’au milieu des années 1970 et la chute du vieux patriarche, quand Ferdinand perd le contrôle de son groupe. Pour l’usine de Corbehem c’est le début du déclin, fermeture de la sucrerie dans les années 1980, fermeture de la cartonnerie en 98 et fermeture progressive des machines des années 1980 au début du XXIe siècle. Il reste cependant à Corbehem un sujet de fierté, celle qu’on appelle sur place la 5, ou la Machine 5, la cinquième machine à papier, construite lors du rachat par les Allemands puis les Suédois pour en faire la plus puissante machine à papier magazine du monde lors de son inauguration.

Lorsque je visite l’usine pour la première fois, c’est la cartonnerie en cours de fermeture qui permet que je fasse un livre. Le PDG de l’époque m’expliqua qu’il voulait comprendre la culture de son usine. Chaque fois qu’il prenait une décision importante, et la fermeture de la cartonnerie en est une, qui plus est symbolique, les employés, les syndicats, les anciens lui rétorquaient : “Du temps de Monsieur Ferdinand ça ne se serait pas passé comme ça”. Et ce patron d’ajouter : Ça fait plus de 20 ans que Ferdinand est parti, comment montrer que je ne m’inscris pas contre lui ?”

Et c’était à la fois pour comprendre et montré qu’il ne méprisait pas l’entreprise et sa culture qu’il me commanda un livre, me laissant totale liberté tant de traîner dans l’usine, d’interroger qui je voulais et de rédiger comme je l’entendais. La seule contrainte pour moi était que le livre soit publié à temps pour qu’il puisse l’offrir à chaque employé pour Noël 1998 et que j’accepte de faire une conférence à l’ensemble du personnel à cette occasion.

Le challenge a été tenu, le livre a été édité, diffusé, lu, et l’histoire paraissait belle. Le titre choisi par mon éditeur, Les cinq vies de Corbehem laissait entendre que comme le chat, cette usine revivait toujours.

C’est aussi pour cela que j’ai un peu de nostalgie à savoir qu’elle est condamnée, pas de sixième vie finalement pour Corbehem.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour moi. Pour écrire le livre j’ai dû apprendre ce qu’étaient l’industrie papetière et l’industrie sucrière. Pour le sucre c’était assez simple, il y avait déjà des travaux et ce n’était pas la part la plus importante de l’ouvrage. Pour le papier, c’était beaucoup plus complexe. Il m’a fallu apprendre les processus de fabrication, les différences entre les types de pâtes et de papiers ou de cartons, les techniques de production, le fonctionnement d’une machine à papier. En un mot j’ai découvert le fonctionnement d’une industrie lourde, très fortement capitalistique, à très faibles rendements et qui fabrique un des produits les plus fragiles, le papier. Pour acquérir ces connaissances rien de tel que de passer du temps dans l’usine, mais pour l’historien les archives sont aussi le cœur du travail. Hors celles de Corbehem avaient brûlé en 1940. J’ai donc récupéré des fonds épars pour reconstituer ma biographie de l’usine et de son patron un peu mythique. Après la publication du livre, il me restait de ce fait une masse de documentation inutilisée. Ce fut la matière de mon HDR et du livre qui en a été tiré ensuite, faisant de moi sans réellement le vouloir un des rares historiens spécialistes de l’industrie papetière en France au XXe siècle.

Ce n’est donc pas qu’une usine qui ferme pour moi, c’est aussi une partie de mon histoire, personnelle et professionnelle, et je ressens de ce fait une vraie nostalgie à la lecture de cette nouvelle, tout en partageant peut-être plus que pour les autres usines, le désarroi de tous ceux que cela va toucher directement.

Et bonne année 2014 aussi …

C’est l’avantage de travailler toujours plus avec l’Asie, même lorsqu’on n’a pas eu le temps d’offrir ses voeux en temps et en heure, il est possible de se rattraper avec l’année nouvelle lunaire et le nouvel an Chinois.

La Chaire Unesco de Tours et moi-même ne nous en privons pas.

 

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L’Université François-Rabelais et l’IEHCA l’affirment.

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© Institut de France

Deux événements en ce mois de novembre 2013 ont été organisés par l’équipe de l’IEHCA avec l’aide de plusieurs de nos partenaires. Les deux sont en lien avec le dixième anniversaire de l’institut que nous avions célébré l’an dernier.

À cette occasion, j’avais souhaité d’une part donner davantage de visibilité à notre fondation, et d’autre part organiser un événement marquant en lien avec l’Université de Tours sans laquelle nous n’existerions pas.

Pour la fondation cela s’est traduit tout d’abord par l’adoption d’un nouvel intitulé. Elle s’appelle désormais, Fondation Européenne pour le Patrimoine Alimentaire. Et pour marquer cette volonté nous avons décidé de créer un prix François-Rabelais destiné à récompenser « une personnalité pour son œuvre au service de la mise en valeur du patrimoine culturel alimentaire de France ou dans le Monde ».

Désormais, le nom du Lauréat est proclamé en séance solennelle sous la Coupole de l’Institut de France avec les autres prix des Fondations de l’Institut de France. La remise au récipiendaire a lieu fin novembre ou début décembre dans ces mêmes locaux. Si l’an dernier nous avions récompensé en la personne de Massimo Montanari un universitaire Italien indiscutable pour l’ensemble de son œuvre, cette année, le jury dont je fais partie, a choisi de reconnaître un chef français. Et quel choix de plus grande qualité pouvions nous faire que de donner notre prix à Michel Guérard. Inventeur de la cuisine légère, il est aussi un des pionniers, pour ne pas dire un des pères de la Nouvelle Cuisine et, 40 ans après, continue de porter haut les couleurs de la gastronomie française dans son restaurant d’Eugénie les Bains. Mais il mène aussi tout un travail de transmission avec l’ouverture de l’Institut Michel Guérard Cuisine et Santé et la participation aux événements qui contribuent à conserver et transmettre les savoirs.

La remise du prix, le lundi 25 novembre dans la grande salle des séances de l’Institut de France, en compagnie de Gabriel de Broglie, Chancelier de l’Institut et de Jean-Robert Pitte président de notre fondation a été l’occasion de vérifier s’il en était besoin combien ce prix était justifié.

 

Cette reconnaissance dans un des lieux phares de la culture française contribuait évidemment à faire reconnaître, dans la suite de l’inscription par l’Unesco du repas gastronomique des Français sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité, l’alimentation, la cuisine, la gastronomie comme un art à part entière. Il a d’ailleurs été souligné tant par le Chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie que par le Président du jury et de notre fondation, Jean-Robert Pitte, combien il serait souhaitable qu’une des Académies formant l’Institut de France accueille enfin un Chef parmi ses académiciens.

Ce prix a été créé par notre fondation grâce au soutien très actif de la chaîne des Relais & Châteaux qui en soutenant notre action œuvrent à la défense de l’art de vivre à la Française et à la promotion d’une certaine forme de convivialité.

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15 jours auparavant, dans la salle Thélème de l’Université François-Rabelais, le Président de l’Université de Tours, Loïc Vaillant entouré de la communauté universitaire et de chefs venant de toute la France remettait le titre de docteur Honoris Causa à quatre grands chefs internationaux : Martin Barasategui, Kiyomi Mikuni, Philippe Rochat, Pierre Wynants.

Donner ce titre à ces chefs portait une symbolique multiple.

Tout d’abord, aucune université française ne l’avait fait jusqu’alors. C’est donc une première et il m’avait semblé qu’il était logique que cette première se fit à Tours. Mais surtout, c’était choisir de reconnaître ainsi des chefs étrangers signifiait que l’Université Française par le biais de l’Université François-Rabelais de Tours, reconnaissait l’alimentation comme une discipline académique. Enfin, cela permettait d’honorer certains de ces très grands chefs qui ont souvent appris en France puis diffusent et défendent la cuisine française dans leur pays d’origine. Le président de notre université le disait très clairement : « Ces titres placent ces chefs au même niveau que des scientifiques, des juristes ou des médecins. Les actes de se nourrir et de cuisiner sont des actes culturels qu’il faut transmettre et enseigner. Par là même, la gastronomie mérite la reconnaissance académique ».

Pour la qualité de ces cérémonies, toujours empreintes de beaucoup de dignités et d’émotion, pour l’importance des personnalités ainsi récompensées, mais aussi pour avoir de ce fait, porté au premier plan de l’Université Française et de la culture l’Alimentation, je me réjouis de ces deux événements et je suis très fier d’y avoir participé.

Je suis aussi très heureux de ces deux cérémonies pour la qualité du contact avec les chefs récompensés.

Le quatrième volume de la collection Rural Economy ans Society in North-Western Europe, 500-2000 vient de paraître chez Brépols. The Agro-Food Market: Production, Distribution and Consumption, était en chantier depuis plus de 5 ans. Dirigé par Leen Van Molle et Yves Segers de l’Université de Leuven avec l’assistance de John Chartres de l’Université de Leeds, Pim Kooij de l’Université de Wageningen, Michael Kopsidis de l’Université de Halle, Bjorn Poulsen de l’Université d’Aarhus et de Jean-Pierre Williot et moi-même de l’Université de Tours, ce livre regroupe des contributions de 18 auteurs appartenant à 7 pays Européens. L’approche de l’histoire rurale de l’Europe du Nord-Ouest y est faite à travers le prisme du marché de l’agro-alimentaire dans son lien avec l’agriculture, et sur la longue durée historique.

Mais ce n’est pas uniquement un livre qui paraît ainsi, c’est aussi une expérience très riche. Il n’est en effet pas simple de faire travailler ensemble des universitaires d’origine si diverses, avec des méthodes de travail différentes et pratiquant des langues qui ne sont pas toujours communes. C’est la grande réussite d’Yves Segers et de Leen Van Molle d’avoir réussi à réunir ainsi régulièrement les éditeurs pour avancer pas à pas dans cette réalisation. Au départ, il n’y avait qu’une liste de noms d’auteurs potentiels qui s’est peu à peu réduite. La seconde étape était une sommes de textes, de longueurs variables, tous très imprégnés des cultures de leurs auteurs. Et par un très grand travail de relecture, de confrontation lors de réunions animées, d’échanges avec les auteurs, nous sommes arrivés peu à peu à avoir les chapitres d’un même livre, avec une vraie cohérence dans l’approche scientifique et dans l’écriture. L’unification par le passage à l’Anglais et la relecture extrêmement minutieuse et attentive de Leen et de Peter ont achevé de donner au livre son unité.

À titre personnel, c’est une réelle joie de recevoir enfin l’ouvrage imprimé, car c’est finalement une expérience assez rare de pouvoir travailler ainsi et d’aboutir à une oeuvre réellement collective.

L. Van Molle, Y. Segers (eds.) Rural Economy and Society in North-Western Europe, 500-2000, The Agro-Food Market: Production, Distribution ans Consumption, Brépols, Turnhout, 456 p. 2013.

ISBN: 978-2-503-53048-2

Volume editorial board:

Leen Van Molle (University of Leuven, Belgium), Yves Segers (University of Leuven, Belgium) (directors)

John Chartres (University of Leeds,UK) , Marc de Ferrière le Vayer (University of Tours, France), Pim Kooij (Wageningen University, Netherlands), Michael Kopsidis  (IAMO, Halle (Saale), Bjørn Poulsen (Aarhus University, Denmark), Jean-Pierre Williot (University of Tours, France)

Agriculture and nourishment are, from early times and up to now, crucial elements in the development of market systems. Shortage and surplus gave shape to different forms of exchange and sale, to the dynamics of supply and demand, and to expanding interconnections between regions and social groups. Farmers learned to adapt their production to market conditions and to the shifting needs and tastes of a growing and demanding public. But the path from a self-supporting way of life to the present forms of market integration in the complex, global world was far from uniform and linear. Food production, market structures and market mechanisms changed over time and differed between regions and countries of the North Sea area. This volume aims at exploring and unravelling the complexity of the agro-food market, from the field to the table.